La gouvernance touristique : points d’étape à Morlaix (présentation)

À l’automne 2012, lors du congrès des directeurs d’Offices de tourisme de France, à Mulhouse, il nous était demandé de faire une présentation de l’évolution de la gouvernance sur le territoire de Morlaix Communauté : réflexion des élus, sur la compétence, solutions juridiques, mise en oeuvre et situation au moment du congrès. Voici cette même présentation réactualisée fin 2013 à l’occasion de la journée technique de la FROTSI (Fédération régionale des offices de tourisme) Centre – Val de Loire, qui s’est déroulée au Domaine de Chalès à Nouan-le-Fuzellier en Sologne.

L’office de tourisme dans le bain numérique (1) : vers les prestataires

De 2009 à 2013, quelle évolution dans notre façon d’appréhender la communication numérique ? Notre office de tourisme, qui existe vraiment depuis janvier 2009, par la fusion du Pays touristique et des offices de tourisme du territoire communautaire (4 OT ouverts à l’année), a vu le jour au moment où le « Tourisme 2.0 » connaissait une première maturité. Il y avait donc une coïncidence à traiter : la nécessaire construction d’une méthode collective et l’intégration d’une problématique nouvelle qui allait tout bouleverser.

Galets

1. Comprendre

Pour bien appréhender la problématique, l’important était de jouer collectif. Les mutations, dont on voyait déjà les impacts dans le travail quotidien, ne se révéleraient pas spontanément sur le coin d’un écran d’ordinateur. C’est la Fédération régionale des pays touristiques de Bretagne qui a été la plus prompte à suivre cette idée de créer une réflexion régionale. Le groupe de travail e-tourisme a été mis en place en 2009. Début 2010, une délégation regardait du côté de l’Aquitaine lors d’une rencontre à Sarlat : on y percevait déjà l’importance pour un office de tourisme d’intégrer le numérique dans sa relation aux partenaires. La survie du modèle économique passerait par là. Ce qui ne signifie pas que le numérique permettrait à terme de le perpétuer – nuance.

Dans le même temps, l’excellente MOPA* testait la formation « Animateur numérique du territoire » qui allait être le fondement de cette nouvelle relation. Animée par Pierre Éloy, (Touristic), la formation devient cours de coaching numérique pour les conseillers en séjour. Synchronisation parfaite entre les questionnements des institutionnels et les réponses à l’emporte pièce du formateur, qui bouscule les certitudes, met en perspective l’inoffensive candeur de nos débats locaux dans un marché qui se structure par le haut, et surtout, propose des pistes pour adapter les métiers. La limite de l’exercice ? Il peut y avoir parfois décalage entre la vision des techniciens ANT et celle du management qu’ils retrouvent après la formation. Là aussi le travail est à faire par le haut.

Leverledoigt

2. Se former

La formation ANT est une formidable opportunité pour structurer notre travail autour du numérique. Nous sommes dix-huit permanents à Morlaix (16 ETP environ) mais notre mission d’accueil touristique repose sur nos quatre offices de tourisme** ouverts à l’année. Chacun intègre au minimum une responsable d’accueil et une conseillère en séjour chargée de la communication.

Pour continuer à produire un travail de proximité, il était important d’éviter l’effet de centralisation qui peut être contre-productif dans la communication avec les acteurs locaux. Le bénéfice de la formation ANT serait donc justement réparti entre la direction, le service communication (deux personnes) et les offices de tourisme. L’ensemble des personnes formées constituant un groupe spécifique animé par le service communication. Pas d’animateur numérique du territoire à temps plein chez nous mais sept animateurs numériques à temps partiel, et, totalement concernés et acteurs de la chose numérique, pouvant agir en proximité auprès des prestataires.

Sculpture

3. Les former

À peine, nous entrions dans la première session ANT, nous avons proposé à la Région Bretagne (opération pilote financée à 50%) de lancer (conjointement avec le Pays de Redon) une formation Web 2.0 pour constituer rapidement un réseau de prestataires compétents en numérique. Quatre jours de formation animée par Beer Bergman (experte 2.0, hébergeurs et surtout qui apporte une vision simple et « desinhibée » des outils numériques). On ne dirait jamais assez comment l’effet majeure d’une formation locale est de permettre à des personnes que les filières ou les métiers cloisonnent de développer une complicité. Le travail devient plus simple, ensuite. Nous en sommes aujourd’hui à quatre sessions réalisées : les deux premières gratuites, les deux suivantes en collaboration avec l’OT de Roscoff et payantes (fonds formation) et la cinquième mise en oeuvre directement par le centre de formation partenaire, FED’R à Saint-Pol de Léon.

L’objet de la formation est de donner à nos partenaires locaux une autonomie en ligne, de développer un comportement pro-actif et de leur permettre de se doter d’un panel d’outils complémentaires (un contenu posé là, diffusé ici, partagé ailleurs…), après avoir défini une stratégie et des objectifs de communication. Le résultat est plus que satisfaisant : à un rythme différent les stagiaires apprivoisent internet pour leur propre compte et se parlent entre eux des bonnes pratiques.

Mulhouse

4. Les suivre

Mais une dynamique de formation reste ponctuelle. Aussi riches soient ces journées d’apprentissage, Maman BB ne sera pas toujours à côté, par dessus l’épaule, pour prodiguer ses bons conseils. L’enjeu majeur arrive maintenant (jamais complètement résolu) : comment conserver cette dynamique et provoquer d’autres échanges au-delà de la formation ?

Voici notre programme :

– Deux conférences par an : avec un budget, c’est très facile. Des invitations, un expert qui sait faire le tour d’une thématique, une salle, de quoi s’asseoir et projeter. Easy. 70 à 80 personnes selon les thèmes (et le taux d’enneigement en début 2013…) parmi lesquelles l’intégralité de notre personnel, ANT ou pas. En novembre cette année, nous avons fermé les offices de tourisme pour permettre à chacun d’être présent.

– Des ateliers centrés sur les outils : vous arrivez avec votre matériel, vous repartez avec une compétence et un savoir-faire développé pendant la séance. Classique. Payant. Parfois annulation faute de candidats : des ajustements à faire la seconde année.

– Le « Klub » numérique : tous les mois hors saison, les prestataires formés viennent avec leurs questions. C’est ici un mélange entre évocation des outils de deuxième rideau (Twitter, Instagram…) que nous préparons et une rafale d’interrogations pratiques qui provoquent souvent une discussion entre les prestataires eux-mêmes, parfois sans notre intervention. Un conseil : il faut former des personnes qui ont la parole facile.

– Les échanges sur Facebook : nous animons deux groupes fermés. L’un à destination du personnel de la Maison du tourisme, l’autre avec les mêmes et les prestataires formés. C’est l’endroit où l’on partage les questions, les réponses, les bons tuyaux, les difficultés, entre deux « Klubs » numériques.

Le numérique est tendance, comme le développement durable. Combien nos entreprises locales reçoivent-elles de proposition de conférences, ateliers, formations ou autre petits déjeuners intellectuellement nourrissants ? Bien qu’étant les premiers, nous participons aujourd’hui à cette cacophonie locale. Et, par ailleurs, comme nous portons sur la figure le mot « tourisme » (Maison du tourisme, office de tourisme), notre communication peut apparaître « clivante », réservée à ceux qui sont concernés par la chose. Les autres (commerçants, associations, collectivités) ont des demandes auxquelles nous pouvons répondre mais il y a parfois ce mot entre nous. L’enjeu des deux prochaines années sera de faire bouger les lignes.

À suivre dans l’article « L’office de tourisme dans le bain numérique (2) : vers le touriste. »

*Mission des pays touristiques et offices de tourisme d’Aquitaine

** Pour les lecteurs formalistes, comprendre « bureau d’information touristique » ou voir cet article

L’office de tourisme dans le bain numérique (2) : vers le touriste

 Après avoir appréhendé, lors du précédent article, notre stratégie numérique à destination des professionnels, quelques éléments sur notre communication numérique à destination des visiteurs.

Loge

5 – S’apprêter

En tourisme, la communication est structurante. En communication, le joli est structurant. Les joli est-il structurant pour le devenir du tourisme ? On ne peut jamais totalement déconnecter le fond de la forme quand on travaille dans la communication. Votre site internet peut être le plus pertinent du monde, s’il est construit avec une apparence dépassée, il est dépassé. Votre voiture est démodée ? Attendez un peu, elle deviendra vintage. Votre site internet a plus de trois ans, jetez le, le vintage numérique n’existe pas ou alors il est néo-vintage, facture à l’appui.

Notre site internet est un maillon important de notre modèle économique. Il génère des ressources. Mais, il peut être en concurrence directe avec des sites internet privés, jolis, parfois uniquement consacrés à flatter l’annonceur (peu leur importe que dans six mois, le porteur du site ait fait ses bagages… l’OT sera là pour entendre les complaintes de l’annonceur – « gwerz » en breton). Il faut donc mobiliser chaque année un budget pour réduire les rides et améliorer l’ergonomie de nos sites internet. Nous tentons de la faire avec notre prestataire web (GMT) sur la forme et sur le fond.

Nos outils :

– site internet « amiral » (on a le droit en Bretagne) : tourisme-morlaix.fr. Très rapidement, il se décline vers le station (façon blog). En augmentation de fréquentation de 20% depuis le début de l’année grâce à son contenu, très vivant, et généré conjointement par le service communication et par les offices de tourisme.

– site internet de séjour : « sortiramorlaix.com », décliné depuis cette année en sortiraplougasnou.com, sortiracarantec.com, sortiralocquirec.com. C’est d’abord un outil qui fonctionne en géolocalisation : d’où l’idée de lui donner une URL d’une apparente proximité bien qu’il s’agisse du même outil.

– un blog wordpress pour la communication affinitaire, dans lequel les contenus sont identiques à la partie « station » du site internet, mais avec un référencement naturel de type blog qui permet de mettre en avant une porte d’entrée centrée sur les activités touristiques ou de loisirs.

Depuis que l’internet est passé du 1.0 (cet inconnu) au 2.0, le site internet prend une place différente. Il est essentiel pour structurer sa stratégie de communication mais n’est plus incontournable pour les internautes. Il doit donc être associé à des outils en réseau qui deviennent ses aspirateurs d’audience.

– Facebook : une page par office de tourisme et une page pour la rando, avec une logique de communication locale (habitants, résidents secondaires ou tout public qui se sent une affinité avec la commune en question). Deux axes majeurs : l’actualité locale et l’interaction avec les fans, sous toutes ses formes. Une amélioration à développer : la communication commerciale des prestataires. Ce qui devrait être un réflexe des partenaires se gagne petit à petit.

– Twitter : une appropriation progressive en interne, basée sur le volontariat dans un premier temps, jusqu’à la création en 2013 d’un compte anglophone animé par une traductrice britannique (@visitmorlaix).

CyrilLignacauPuitsdeJeanne

6 – Alimenter

La stratégie numérique est d’abord une stratégie des contenus, avec l’aimable et trouble complicité de Google. Tout ce qui est fait par ailleurs, de la formation à la mise en place d’un service wi-fi, tourne autour de la problématique du contenu. Je produit donc je suis. Je produis peu, j’existe à peine. Mais, produire beaucoup n’est pas la seule précaution. Il faut aussi produire en cohérence avec son offre.

Dans le Finistère, la production d’un office de tourisme est bien rangée sur des cintres enfermés dans une penderie qu’on appellerait Tourinsoft alors que nos amis internautes, les idiots, préfèrent aller fouiller dans le bac Google dans lequel ils pensent avoir plus de chance de trouver leur bonheur. Gérer les contenus, c’est donc sortir quelques éléments de la penderie et les jeter dans le fatras, avec quelques précautions pour qu’ils surnagent dans l’immensité.

Il y a d’un côté les vieux réflexes institutionnels qui consistent à mettre en avant un bel établissement, avec un joli panneau, un personnel aimable et tout plein de possibilités de prestations. Et de l’autre, la belle aventure comme une promesse d’expérience mémorable. Dans le premier cas, on ne se trompe jamais mais le client est vaguement concerné. Dans le second cas, aucune garantie de toucher quelqu’un mais quand ça fonctionne, ça fonctionne bien, voire très bien. Faut-il donner la satisfaction au prestataire au risque de faire une communication vide ou proposer des contenus affinitaires au risque de parler dans le vide ? Les deux mon capitaine !

La bataille des contenus, on la livre avec des munitions sur mesure, à notre main.

– Outre les contenus locaux et d’actualité, relayés par les pages Facebook, le groupe de travail « communication » définit collectivement les contenus affinitaires qu’il peut produire. Chaque office de tourisme s’engage pour lui même. Dans un cadre défini globalement et après avoir participé à un petit atelier « éditorial » pour balayer les différentes techniques de rédaction. L’office de Locquirec parlera du surf, celui de Carantec du parc aventure. Locquirec et Plougasnou parleront ensemble du Kite Surf. En 2013, plus d’une trentaine de contenus sont venus complétés notre offre en ligne.

– Deux chaînes YouTube : la généraliste et la trégoroise.

Peu d’évolutions des contenus ces dernières années, si ce n’est la réalisation d’un ou deux films par an en collaboration avec Finistère Tourisme, un allié important pour diversifier et apporter un nouvel angle éditorial, orienté les activités à faire sur place. Ces films sont aussi et d’abord des banderoles gratuites de communication pour les sites internet des partenaires. À eux de les exploiter.

– Des images, FlickR, Instagram…

Autour d’un millier de photos en ligne sur FlickR. Quelques contenus sur Instagram postés par les visiteurs. L’image est reine dans notre discipline. L’étape suivante sera d’améliorer notre visibilité collective par l’image : proposer aux partenaires une prestation négociée de photographie professionnelle ou de visite virtuelle Google. C’est en cours.

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7 – Connecter

Depuis quelques années, nous faisons grand cas du concept d’internet de séjour, sensé envelopper notre visiteur d’un environnement numérique adapté à sa condition de touriste. Cette discipline n’est pas mûre. Nous avons le wi-fi gratuit et il est même territorial (même mot de passe dans tous les OT). Nous avons notre site internet de séjour qui dispose de plusieurs supports physiques de communication (affiches, vitrophanie, flyers). Mais notre stratégie de séjour ne connaîtra une vraie maturité lorsque ceux qui séjournent le plus sur nos territoires y seront sensibles : les habitants. Nous cherchons encore. La valorisation du commerce local est une piste importante pour y arriver.

YvesMourousiDebout

8 – Accueillir

Les perspectives de nouvelles pistes de travail sont nombreuses. Les outils évoluent : certains deviennent indispensables, d’autres se démodent, d’autres encore apparaissent de nulle part. Notre méthode collective demande un certain recul avant de lancer de nouvelles initiatives. Notre taille ne nous permet pas des changements de direction brusques. Il nous faut assurer une certaine continuité. Le principe que nous avons adopté, notamment pour Twitter, a ses limites : une personne expérimente, partage son expérience et l’outil se stabilise en interne. Tumblr, Foursquare et autre Instagram attendront. La boulimie n’est pas le remède à la multitude…

Le grand enjeu pour 2014 est de réussir notre entrée dans l’accueil numérique, trouver un juste équilibre entre l’humain et la machine, choisir le bon matériel et lui donner sa juste place. Il est vraisemblable que l’enjeu réel soit, dans l’enceinte de nos offices dans notre capacité à dédramatiser l’utilisation des machines (donc en étant présent) et hors des offices, dans le déploiement des interfaces numériques hors les murs, à proximité du pôle d’échange multimodale, aux abords des plages…

La réflexion reste à construire. Et la matière passionnante.

Cet article est le seconde partie de l’article « L’office de tourisme dans le bain numérique (1) : vers les prestataires »

Gouvernance 1: le tourisme et sa compétence élastique

L’acte 1 du développement touristique local est la définition de la fameuse « compétence tourisme » qui constitue la base de la  stratégie touristique d’une collectivité. Sur cette compétence, les juristes et les pragmatiques doivent faire route commune pour permettre de bouger les lignes.

Au milieu des années 2000, par tradition sans doute, la compétence tourisme sur le territoire de Morlaix Communauté était une sorte de patchwork que façonnaient une bonne dizaine de collectivités, chacune dans sa logique: les communes finançaient un office de tourisme, parfois intercommunal, parfois pas, ou un point « information touristique » en saison; l’agglomération finançait le Pays touristique, dont le régime associatif ne le satisfaisait pas et qui exerçait ce métier invisible du tourisme qu’on appelle le « développement ».

Port de Morlaix

Le port de Morlaix

Trois mouvements conduisaient les élus à s’imposer une évolution radicale:

– la qualité de l’accueil, bien que parfaitement assumé par le personnel des offices, laissait à désirer par manque de cohérence et parfois par des conditions d’accueil pitoyables (8 m2 d’accueil pour le public à Morlaix). Les prestataires locaux, souvent lassés par une situation irrémédiablement bloquée depuis des décennies, étaient partenaires d’un office et inconnus du bureau intervenant à quinze kilomètres de là, sauf à payer à tous les guichets

– la montée en compétence de Morlaix Communauté, la communauté d’agglomération. La zone urbaine de Morlaix, troisième du Finistère, qui comprend trois communes (Morlaix, Plourin-lès-Morlaix, Saint-Martin-des-Champs) est entourée d’un environnement rural au potentiel touristique rare: au nord la Baie de Morlaix, la côte du Trégor Finistérien; au sud, les Monts d’Arrée et une partie des Enclos paroissiaux. Comme tous les EPCI Morlaix Communauté était sollicitée pour prendre la maîtrise d’ouvrage de projets jusque là communaux. Au milieu des années 2000, deux projets avaient une consonance touristique: le futur Complexe aquatique communautaire et l’Auberge de jeunesse qui seront tous deux inaugurés en 2008. Par ailleurs, se profilaient deux projets majeurs: la réouverture du Château du Taureau en Baie de Morlaix (exploitation par la CCI de Morlaix et contribution financière communautaire) et la restructuration de la Manufacture des tabacs. Il devenait dès lors essentiel de mettre en cohérence l’accueil et la promotion touristique avec le mouvement communautaire qui se densifiait

– les lointains échos sur la compétence tourisme des services de l’État: « la compétence tourisme n’est pas sécable » était alors la grande phrase du moment. Sous entendu, on ne peut exercer la compétence tourisme à deux niveaux de collectivité locale (commune, communauté de communes). Comme souvent, une affirmation péremptoire exprimée d’en haut peut faire sourire, quand on connaît la situation sur le terrain. Il reste néanmoins que l’objectif est plus que légitime: réduisons le « mille-feuilles » institutionnel dans le tourisme et coordonnons les actions. Soit la commune finance,soit l’EPCI finance.

« Tordre le cou… »

Mais, comme beaucoup de compétentes administratives, la compétence tourisme n’est pas si simple à décrire. Elle n’existe pas d’emblée, il faut la construire. Elle n’est pas circonscrite dans un texte de loi et définie dans ses contours. Elle est conçue par la collectivité qui veut la mettre en oeuvre, par la commune ou par l’EPCI (dans ce cas, le niveau communautaire devient le niveau d’exercice mais uniquement de ce que l’EPCI  a validé dans ses statuts).

Château du Taureau, Plouezoc'h

Le Château du Taureau en Baie de Morlaix (Plouezoc’h)

Entre 2006 et 2007, Morlaix Communauté, avec la complicité des élus communaux, a assumé le défi qui lui était tendu: la compétence « tourisme » doit être définie par les élus et par eux seuls, dans un premier temps, pour garantir une cohérence de stratégie, tout en étant à l’écoute des professionnels. Le courage politique a été, à l’époque, de partir d’une feuille blanche et non pas de bâtir un projet à partir des structures associatives existantes, généralement pilotées par des notables locaux et, en l’occurrence, absentes des démarches de qualification qui démarraient à l’époque. Les axes de la compétence communautaire définis, la structuration est rapidement devenue évidente: le trois métiers locaux du tourisme (accueil, promotion, développement) devaient être réalisés par un seul opérateur, créé en ÉPIC (Établissement public industriel et commercial, seule possibilité à l’époque).

Dans un premier temps, la Communauté d’agglomération a voté à l’unanimité les contours de la compétence et un petit catalogue de trois options à destination des communes, parmi lesquelles:

– la commune transfert la compétence au niveau communautaire (OT transféré à l’ÉPIC)

– la commune garde la compétence, une convention permettant de formaliser le double exercice (l’office de tourisme reste communal)

Cette seconde option, choisie, dans un premier temps, par une seule commune sur vingt-huit, Carantec, a fait dire aux fonctionnaires du ministère que Morlaix Communauté « tordait le cou à la réglementation ». C’était un premier indice qui disait bien le caractère provisoire de la situation (Carantec a transféré sa compétence « tourisme » au 1er janvier 2011).

« In » et « out »

Une fois définie, la compétence dite d’intérêt communautaire reste soumise à deux pressions opposées qui viennent généralement des communes:

– le tourisme est un secteur de l’économie. Et l’économie est le domaine de tous, dans le sens où aucun élu en charge ne peut (éthiquement) s’en désaisir. Une commune dont le tourisme apparaît comme le premier maillon de son économie ne peut pas s’en détourner: elle continue à penser et agir « tourisme ». Pas de jugement de valeur derrière cette remarque. Il y a une forme de logique immuable dont il faut prendre conscience. Le succès commun ne dépend alors que du niveau de partenariat constructif entre les collectivités, communale et communautaire.

– « Vous avez la compétence tourisme » est la phrase type que chaque commune peut à tout instant exprimer à destination des élus de l’EPCI pour justifier la prise en charge par eux d’une opération, généralement en marge de la compétence. Par facilité, on oublie ici que la compétence d’intérêt communautaire est définie par délibération: le syllogisme est roi. Le patrimoine est un élément majeur pour le développement touristique; l’interprétation du patrimoine est destinée aux touristes; l’EPCI doit donc prendre la maîtrise d’ouvrage de ce domaine. Et, c’est ici que l’on comprend comment les contours de la compétence tourisme se définissent moins par décret que par la négociation entre les élus. Ce qui démontre finalement l’élasticité de la réglementation et comment elle peut ouvrir des perspectives infinies à ceux en charge de la mettre en oeuvre sur le terrain.

Les grandes dates

2003-2006: constat négatif sur l »organisation locale du tourisme et début de l’investissement communautaire

2006-2007: étude sur l’organisation de l’accueil touristique

Décembre 2007: création de l’ÉPIC « Maison du tourisme Baie de Morlaix – Monts d’Arrée »

Mars 2008: transfert du personnel du Pays touristique de Morlaix dans le nouvel ÉPIC

2008: présentation d’un projet d’organisation et délibération des communes sur le transfert

Janvier 2009: transfert de la compétence au niveau communautaire pour 27 des 28 communes

Janvier 2011: transfert de la compétence de Carantec au niveau communautaire 

À suivre, « Gouvernance 2: Concilier stratégie, qualification et assise locale »

Office de tourisme communautaire, concilier stratégie, qualification et assise locale (Gouvernance 2)

 

La Bretagne n’aime pas la centralisation. Alors quand une commune bretonne confie sa compétence tourisme à la communauté d’agglomération, elle entend rester dans le jeu. Et l’établissement communautaire, chargé de la mise en œuvre de la politique touristique, doit apprendre la souplesse et les figures acrobatiques.

En 2007, le territoire de l’agglomération de Morlaix (28 communes, 66 000 habitants), c’est quatre offices de tourisme ouverts à l’année, deux syndicats d’initiative saisonniers et quatre points « i » communaux. Pas de démarche de qualification en dehors de Carantec (organisé en ÉPIC communal). Deux présidents d’association entendent préserver le statu quo tandis que le troisième à Morlaix, la ville centre, est impatient de voir la Communauté pendre les choses en mains. En parallèle, Morlaix Communauté est le porteur institutionnel de projets touristiques : un centre aquatique, une nouvelle auberge de jeunesse et se profilent à l’horizon la reconversion de la Manufactures des Tabacs et un centre d’interprétation de l’architecture et du Patrimoine pour porter l’image du label « Pays d’art et d’histoire » fraichement acquis.

Travail en équipe à Saint-Thégonnec

Esprit d’équipe à Saint-Thégonnec

Pour corriger le décalage entre l’initiative publique et l’organisation de l’accueil, et, intégrer pleinement le tourisme dans la stratégie de développement économique de la communauté, un ÉPIC a été créé, formalisant un lien organique entre la collectivité et la mise en œuvre de sa politique. Cette évolution a été permise par un retour vers les fondamentaux : la compétence tourisme est l’affaire des élus locaux, communaux et communautaires. À eux de définir la feuille de route, le projet, une ambition, et de dimensionner une organisation adaptée. Ce qui implique deux principes : passer outre les enjeux de structures et proposer très concrètement des perspectives aux personnels concernés. Et ne pas confondre les deux dimensions.

« Le cadre qui libère »

L’ÉPIC est une forme administrative rigide dans ses contours et contrôlée par la collectivité mère, mais qui permet, une fois le cadre posé, une liberté de fonctionnement dans la concertation et le rapport au terrain. Au delà de la nécessaire mutualisation des certaines missions – finances, administration, ressources humaines, communication – très vite se pose la recherche d’un équilibre entre stratégie d’en haut et réalité locale. Les emplois consolidés, les horaires élargis, un nouveau nom (connu de personne), le bureau d’information touristique reste et doit rester, pour tous, l’office de tourisme de la commune.

L’enjeu est désormais de bâtir un modèle économique qui fédère autour d’un projet de territoire qualifiant, tout en développant une assise locale très forte. À chaque bureau local, son référent (élu ou professionnel), sa commission locale (ouverte aux partenaires à leur demande), son groupe de travail qualité et son personnel dédié. En interne, l’engagement dans la démarche qualité est un référentiel structurant qui pose les bonnes questions et guide dans une même direction. Ce qui permet libérer sereinement les initiatives locales : chaque bureau peut devenir le lieu d’une expérimentation, qui sera partagée par la suite. La communication transversale devient alors essentielle. Elle est facilitée par la réunion hebdomadaire des responsables d’accueil et par les missions globales qui leurs sont attribuées (« accueil et qualité », « partenariat », « animations »), qui les impliquent dans la stratégie et dans l’encadrement intermédiaire.

Concilier « local et global » est une partie du chemin. L’autre enjeu majeur est de concilier « structuration et destination ». Nous sommes d’abord une destination « Bretagne » et « Finistère ». Nous devons aussi être souple pour développer au-delà de notre territoire des « alliances de destination » autour des thématiques porteuses : Baie de Morlaix, enclos paroissiaux… Le chantier à venir !

Ce texte a été publié dans JurisTourisme N° 149 daté du 15/01/2013.

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