« Good value » et qualification, nos chers voisins et nous

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Une question, presqu’une question de principe, à laquelle il est bien difficile de donner une réponse tranchée : savons-nous parler aux britanniques ? Sous-entendu : ne voulons nous pas, à tout prix, fourguer notre offre préparée pour la clientèle française à des anglo-saxons qui sont à mille lieux (miles) de notre logique ? Voici une tentative pour décoder nos relations. La petite Bretagne qui regarde la Grande.

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1. L’anglais est un îlien. À moins de disposer d’un Yacht de grande plaisance sur lequel déposer la Morgan ou la Morris Minor, il lui faut passer par un opérateur de transport pour fréquenter nos destinations. Avant même de poser le pied sur notre littoral, les vacances sont plombées par ce simple fait. Ce qui peut expliquer la pratique courante de faire ses achats sur le continent une calculette à la main ou de commander une crêpe au beurre pour quatre au repas du soir. La variable du prix est peut-être celle sur laquelle il nous faut progresser, mieux informer, rassurer ?

Ceci n'est pas un label

Ceci n’est pas un label

2. « KISS », la devise d’origine américaine, est largement partagée par l’ensemble du monde anglo-saxon : elle signifie « keep it simple stupid ». Pour être comprises et partagées, les choses doivent rester simples. Le corollaire de cette maxime est que lorsque vous voulez quelque chose, vous le demandez, tout simplement. Celui qui reçoit la demande ne doit pas aller au-delà du premier degré. Il peut accéder à celle-ci ou pas. C’est potentiellement sans conséquence. Notre vieil habitude de créer des idéogrammes qui renvoient individuellement à une prestation (four micro-ondes avec horloge digitale, lave vaisselle avec fonction éco…) n’est elle pas du chinois pour nos amis britanniques, qui doivent, en plus, se repérer sur la carte, dans les niveaux de qualification… Alors, évidemment, un avis client, en anglais dans le texte, c’est tout de suite « more simple ».

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3. La bienveillance à l’égard d’autrui est un sentiment inné, qui peut s’exprimer par des formules d’exclamation parfaitement maîtrisée (le terme le plus courant est « lovely » conjugué en trois intonations haut perchées) ou se manifester par une politesse de bon aloi au détour de chaque phrase (nos bandes dessinées gauloises traduisent ces formules par « n’est-il pas ? » qui en redonnant la parole à l’autre intègre à la syntaxe anglaise les principes simple de l’empathie). Le prénom, qui correspond chez nous à une forme de proximité presque amicale, est d’un usage courant chez eux. Il ne faut pas confondre tout ceci avec le signe d’un début d’amitié ou avec un accord systématique entre deux personnes. Chez nous, passer du « Monsieur » du « Madame », au prénom de son interlocuteur peut libérer les énergies ; on se laisse aller à quelques apartés décalés… My god ! Si un prospect britannique utilise votre prénom, gardez votre calme, votre quant à soi, voire si vous avez ça en magasin votre flegme, ne vous emballez pas et n’allez pas vous appesantir de façon excessive qu’ils n’auraient pas sollicités. L’efficacité dans la « relation-client britannique » exige de faire simple, concret, direct et court et de rappeler le prénom à chaque nouvelle relation, qui confère à la communication une convivialité comme prélude au séjour: une sorte d’avance sur la promesse « warm and cosy ». Du coup, c’est facile, si un détail manque, il vous le demandera !

Ceci est un sentier public

Ceci est un sentier public

4. L’appréhension de l’espace est différente. Il faudrait être démographe ou historien pour y trouver une juste explication, mais la configuration de l’espace dans les îles britanniques est très « tendue » : l’espace privatif se résume à un couloir dans lequel se trouve une maison identique à ses voisines, prolongée d’un jardin dans lequel les compartiments végétaux sont un signe de distinction positif ; l’espace public dédié au déplacement est réduit au strict nécessaire (routes étroites, stationnement indigent et donc payant); par contre, les espaces partagés comme les parcs ou les terrains de jeux, tout en étant strictement délimités sont vastes et visibles. Les sentiers piétonniers sont accessibles depuis des barrières qu’on referme derrière soit. En quoi notre prestation est rassurante, soit parce qu’elle est clairement définie (jardin clos, stationnement privatif) ou différente (gratuité près des sites remarquables,, sans entrave, mais aussi naturelle, protégée, balisée…) ? Pour la Bretagne, on peut aussi évoquer la moindre densité de population, la capacité à se déplacer d’un point d’intérêt à un autre très rapidement (en voiture, par en transport en commun, c’est certain). Et, paradoxalement, si le déplacement se fait sans encombres, la densité de points d’intérêt touristique est phénoménale en Bretagne. Il y a quelques années, dans le cadre d’un partenariat avec la Brittany Ferries, nous organisions un « éductour » (educationnal tour comme ils disent), en une journée : de 8 h. à 15 h. le groupe visitait Roscoff, St Pol (passage), la Pointe de Penn al Lan et le Golf à Carantec, un enclos paroissial (Saint-Thégonnec ou Lampaul-Guimiliau) et la Maison à Pondalez de Morlaix. Donne-t-on suffisamment d’indices pour que nos clients britanniques puissent se projeter dans un séjour touristique chez nous ? N’oublions pas que le chemin le plus court entre l’Angleterre et la France est Dover – Calais. À moins de contredire cette image, nos destinations peuvent être facilement assimilées à Calais et son arrière-pays. Ce qui n’est pas très juste, n’est-il pas ?

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5. La vision de la restauration est moins univoque qu’on le croit. L’Angletterre est une terre de gastronomie pour ceux qui peuvent se le permettre et les anglais sont parfois experts dans les cuisines exotiques ou produits du terroir, qu’ils peuvent pratiquer comme une passion, un hobby (de classe ? peut-être). Au quotidien, on parle de nourriture (« food ») comme terme générique, qui hésite entre le vinaigre et le sucre. Pour se distinguer les uns des autres, les restaurants ou pubs rivalisent de « quality food » et « good value », mettant en avant l’origine du produit et le rapport qualité-prix. Pas de label ou de notation prétendument scientifique. C’est le public qui note. Mais imaginons un instant une Miss Marple attablée à un restaurant de Chelsea, un Yorkshire sur les genoux : ce sont quatre yeux qui regardent l’assiette et, par effet de compassion et d’empathie,  s’interrogent sur le traitement qu’a subi l’animal que la patronne s’apprête à ingurgiter… À quelques kilomètres de là, le fils de Miss Marple a ses habitudes dans un restaurant végétarien de Soho… Combien de nos restaurants proposent un menu végétarien (merci Yann !) ? Combien de nos restaurants se contentent de recycler la garniture des plats traditionnels en un assemblage de légumes pour nourrir leurs clients végétariens ? Good food ?

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La stratégie « enfant » de NT: cliquer sur l’image

6. National trust, indeed ! Contrairement aux dogmes de la culture à la française qui associe à l’interprétation du patrimoine précision des dates, variation des noms propres (des plus illustres aux plus obscurs, avec le même sérieux) et vocabulaire dédié (magie par laquelle une gouttière devient « chêneau »), les britanniques vont à l’essentiel: quelques repères pour appréhender « the big picture », des travaux qui figent et protègent un site remarquable et une attention particulière à l’enfant (en élargissant la découverte aux cinq sens plutôt qu’à l’évocation savante, celle qui conduit nos conservateurs en chef à associer les deux qualificatifs contradictoires « scientifique » et « culturelle »). Alors, pour bien accueillir l’ancien ennemi dans un château construit pour le bouter hors de chez nous, deux conseils: oubliez la généalogie des quatre familles qui l’ont possédé, et, épargnez-vous la traduction en anglais du vocabulaire savant validé par l’historien local… Keep it simple stupid !

Boxes, little boxes...

Boxes, little boxes…

7. La fonction d’un hébergement est d’héberger des clients, moyennant un prix de location correspondant à un niveau de prestation. Le niveau de prestation est implicite (il ressort d’une forme de bon sens partagé, standard non écrit qu’il faut atteindre pour répondre à la demande) quand chez nous, il est explicite (défini par un tiers, attributeur d’un agrément par audit externe et répondant à une liste de critères). Dans un cas, l’implicite est suffisant parce que l’attention au client est spontané, recherchée par le propriétaire dans une logique banale de rentabilité. Dans l’autre cas (le nôtre) il est une garantie préalable, un garde fou contre le malentendu, une doctrine qui établit les conditions du confort du client à l’insu de son plein gré. Pourquoi ne fait-on pas de haies paysagères entre les mobile homes des holiday-parks dans le pays des cottage gardens ? Tout simplement, parce que ça ne sert à rien : avec ou sans haie, ça reste un aménagement sommaire de grands cubes les uns à côté des autres. L’intérêt est dans la nature accessible à proximité. Que penser alors de nos « gorgeous » gite avec wi-fi, écran plat, salon de jardin en teck et jacuzzi à bulles dans un tel marché ? Que penser surtout du mode de pensée anglo-saxon élargi au tourisme digital qui emprunte le chemin le plus court entre le propriétaire et le client. Welcome AirBnB ! Il reste qu’aujourd’hui encore, chez nous, les hébergements les plus fréquentés (rentables ?) sont ceux disposant d’une qualification… alors il y a un virage que notre parc négocie actuellement et qui le fait glisser lentement vers la manière anglo-saxonne. Le sentiment est que nous naviguons entre le « good value » (prestation simple, prix abordable) et le « good quality – warm and cosy… » Dans le second cas, qui peut correspondre à un label haut de gamme, l’hébergement est au-delà d’un certain seuil (s’il propose une piscine intérieur, pas exemple) et peut afficher un prix supérieur. Entre les deux, sommes-nous sur le marché ?

Impression

8. My language is your language. « Imagine all the people… speaking french… » Pas la peine de s’embarrasser à apprendre une autre langue, nous sommes partout chez nous. Bon les autochtones parleraient notre langue comme une vache espagnole, mais nous arriverions à communiquer. La grande majorité des britanniques qui viennent nous visiter ne parlent pas français. Et, de notre côté, il y a peu de chance que nous rencontrions un francophone en Angleterre. Ce qui est OK puisque nous y allons pour améliorer l’anglais du fiston. Et puis, vous avez une minorité éclairée qui aime les langues étrangères, et, comme nous, viennent ici pour améliorer leur français. C’est tellement rare que ça mérite une récompense. Déjà que l’accent leur fait un petit effet, tenir une conversation en français pour un touriste britannique volontaire est « amazing », « a glorious moment ». Merci de ne pas leur en priver, mais si cela requiert de votre part un effort de remise en ordre des syllabes et des mots. Par contre, quand nous accueillons un anglais dans sa langue, nous sommes fiers qu’ils comprennent les mots et acquiescent à chaque bout de phrase. Ils sont charmants. Mais nous ne pouvons communiquer directement avec eux, notre première clientèle étrangère, qu’en développant nous aussi une forme d’empathie qui va bien au-delà du « turn left, go straight and there you are… » Pour cela, il nous faudrait, après avoir tiré un trait sur le dogme « vacances = soleil », aller sur leur terrain, chez eux, et s’imprégner de leurs habitudes, pour mieux comprendre la demande, l’offre qui leur est proposée. On peut même penser qu’au retour certaines tournures de phrases n’auront plus de secrets pour nous !

Si vous avez lu cet article jusqu’au bout c’est que, peut-être, vous avez votre propre opinion sur la question, vous connaissez bien nos voisins britanniques… alors n’hésitez pas à rectifier, compléter, argumenter, bref à commenter. Merci.

Les Korollerien et le Bagad de Morlaix font un tabac en Pologne

L'affiche du 11 mai

L’affiche du 11 mai

 

La ville de Mielec, située au sud-est de la Pologne organisait du 9 au 11 mai les « Journées citoyennes de l’Europe » et invitait à cette occasion ses villes jumelées: Morlaix Communauté, Morlaix, Saint-Martin-des-Champs, Saint-Thégonnec, Douchy les Mines (59), Lhöne (D) et Tsizaföldvar (Hongrie). Chaque commune était chargée d’intervenir sur la citoyenneté lors d’une conférence devant plus de 200 personnes et proposait à la population locale un spectacle le samedi après-midi. La Maison du tourisme accompagnait la délégation pour faire la promotion du Pays de Morlaix et communiquer sur la Bretagne et le Finistère.
P1130337La délégation de Morlaix était composée de 45 personnes, principalement les membres des Korollerien Bro Montroulez et du Bagad Sonnerien Bro Montroulez qui ont assuré ensemble le spectacle du samedi après-midi pour la Bretagne, sur la grande place face, à la Maison de la culture. Entourés des musiciens du bagad, les danseurs portaient les costumes du Trégor, du Léon, de Morlaix et la tenue traditionnelle de la Manufacture des tabacs. Sacré dépaysement pour les slaves que de découvrir ce spectacle entièrement basé sur une culture traditionnelle mais qui sait soigner les changements de tonalité, les moments calmes et les temps forts, la précision des costumes, une rythmique moderne, du Kan ha diskan, la puissance des bombardes et des cornemuses… Les spectateurs qui allaient et venaient en fonction de la musique étaient plus nombreux à ce moment de l’après-midi. Les officiels polonais se souviendront de leur apprentissage de la gavotte et des quelques coups de canifs apportés au protocole pour les bretons…

Pendant les deux jours de l’événement, la Maison du tourisme proposait une découverte du territoire de Morlaix, mais aussi plus généralement du Finistère et de la Bretagne. À cette P1130267distance, il était important de localiser la région, de montrer le point commun essentiel entre la Bretagne et la Pologne (commun aussi avec l’Italie), la densité et la richesse du patrimoine religieux, de mettre en avant la proximité de la mer à tout endroit de la Région. Entre la conférence et la journée du spectacle, on peut évaluer à 300 le nombre des contacts, sans préjuger d’une concrétisation future: de jeunes couples comprenant l’anglais avec qui il était aisé de communiquer, des personnes entre deux âges qui parlaient un français approximatif mais « opérationnel » (souvent après un séjour en France) et des personnes plus âgées ne comprenant que le polonais avec qui le dialogue était plus difficile.

La Ville de Mielec, principalement industrielle et peu touristique, fait partie de la Région Subcarpathique (une sorte de Piémont des Carpates, au sud de Cracovie), qui s’ouvre P1130174actuellement au monde du tourisme en devenant plus accessible aux visiteurs: la création d’autoroutes pour connecter cette région à la limite de l’Ukraine est impressionnante (merci à l’Europe !). Avec Yvon Tanguy, Président de la Maison du tourisme, nous avons rencontré le directeur du tourisme de la Région. Simple curiosité dans un premier temps, l’entretien est devenu plus constructif, avec l’idée d’organiser des échanges de savoir faire autour de thématiques communes. Une coopération peut être envisagée sur l’accueil en offices de tourisme, la formation des prestataires et pourquoi pas (mais compliquée à mettre en oeuvre compte tenu de la distance) une promotion croisée qui prendrait appui sur la nouvelle ligne low cost qui va voir le jour entre Rzeszow (prononcer « Géchouf ») et Paris-Beauvais.

La distance entre les deux territoires est un obstacle pour une collaboration intensive. Mais le principe de réaliser ponctuellement une coopération permettant à chacun de découvrir une autre réponse à des problématiques qui nous sont communes (et dans le tourisme, il y a énormément d’enjeux classiques) peut mériter une tentative de rapprochement. Entre le premier contact, forcément aimable et emprunt de curiosité, et le début d’un travail de fond, il y a encore quelques obstacles à passer, que les fonds européens pourraient permettre d’atténuer.

Un grand merci à Karolina, notre traductrice, à Madgalena Pekalska qui a géré techniquement l’événement, à Jaroslaw, directeur du tourisme de la Région Subcarpathique et à Jacques Creignou, de l’association France Pologne de Morlaix.

Quelques images et vidéos à venir.