Formation en alternance: allo ? allo ? non mais allo !

Deux contrats de professionnalisation, deux échecs. Comment interpréter la difficulté à intégrer des jeunes dans ce qui apparaît comme une excellente manière d’approcher l’environnement professionnel et l’apprentissage d’un métier: la formation en alternance ? Des attentes de l’entreprise à l’étudiant consommateur.

La démarche qualité est une sacrée montagne à franchir et le temps passé à la mettre au point est un surplus de travail qui bouleverse le fonctionnement habituel d’un office de tourisme, surtout si celui-ci gère sur l’année quatre points d’accueil. Pour coordonner nos procédures et autre respect des fiches instruction, nous avons besoin d’un temps plein sur deux ans. Peut-être aurait-il fallu demander à notre collectivité un CDD sur la période pour libérer notre référente qualité ? Le choix que nous avons fait est d’intégrer un étudiant en BTS Tourisme par la signature d’un contrat de professionnalisation, engageant les trois parties, l’étudiant, l’établissement scolaire et l’office. Nous sommes un acteur de la filière, avec des droits et des devoirs: concourir à la formation d’un jeune qui veut intégrer la filière est une sorte de contribution ultime, la prise en compte d’une forme de responsabilité collective léguée de fait par le caractère majoritairement public de nos ressources financières.

Front office

« Front office »

Octobre 2011, nous signons un contrat de professionnalisation pour deux ans, le temps nécessaire à la mise en oeuvre de la démarche qualité, avec un jeune étudiant de BTS qui se réoriente après une licence en université. Rupture du contrat en juin 2012 pour convenance personnelle. Été 2012, nouvelle essai avec une étudiante de la même filière et issue du même établissement. Il y a quelques jours, annonce brutale d’un arrêt unilatéral du contrat, pour, cette fois, une hypothétique réorientation.

L’objet ici n’est pas de mettre en cause les personnes, ni de faire une analyse sociologique « générationnalisante ». Mais d’essayer de comprendre. Et éventuellement de définir qui doit se remettre en cause.

– L’établissement scolaire ? Je le pense. Il y a un tel décalage entre le contenu de la formation dispensée et le contenu du travail sur le terrain que les deux volets du contrat en alternance peuvent apparaître comme des contraintes opposées et trop éloignées l’un de l’autre: le premier parce qu’apparaissant peut-être fictif par rapport au travail pragmatique à l’accueil; le second parce que dense, exigent et immédiat. Peut-être faudrait-il aussi que la direction de l’établissement ait plus de compétence en ressources humaines (au sens DRH) pour faire le lien entre les deux environnements. En deux années, il n’y a guère que des contacts administratifs entre les deux partenaires tuteurs de l’étudiant.

– La Maison du tourisme ? Sans doute. Mais la seule remise en cause possible et envisageable sera celle de ne plus valider ce type de contrat, de prendre acte qu’il y a forcément un décalage entre l’attente professionnelle qui est promise au départ et le besoin de materner, de bichonner des étudiants, encore lycéens. L’effort d’adaptation viendrait contredire l’objectif initial de libérer du temps de travail. Et le rapport entre le coût du contrat et son bénéfice réel est tout relatif s’il fallait le rapprocher d’une embauche à temps partiel.

– L’étudiant ? Certainement. Rappelons que les conditions de recrutement se font sous la base de rares opportunités, d’une « short-list » d’un, deux ou de trois noms. Ce qui ne se produit jamais dans une carrière professionnelle classique. De fait, l’entretien d’embauche est allégé et s’il peut laisser entrevoir des promesses en devenir à l’employeur et un début d’ambition professionnelle pour l’étudiant, il reste un ersazt de sélection, une forme de loterie où seul l’étudiant a la main. Renoncer à une candidature, c’est presque toujours renoncer au projet de contrat en alternance, celui-là même qui a été validé collectivement. Donner un accord pour l’employeur reste malgré tout « prendre sa chance », avec la fugace satisfaction de voir des perspectives, sincères au départ je l’espère, s’ouvrir pour un jeune (sans quoi la poursuite des études serait impossible…) Qu’il s’agisse d’un contrat de professionnalisation, d’un contrat à durée déterminée classique ou d’un contrat saisonnier, l’important est de prendre la période d’intégration comme une opportunité pour asseoir sa propre ambition, viser plus haut, plus loin, même sans aucune promesse ni perspective annoncée. On ne sait jamais.

"Back office"

« Back office »

Je ne vois pas, aujourd’hui, après deux échecs, comment techniquement anticiper les difficultés. Les candidats sont rares, le choix ténu, l’angle d’analyse quasi inexistant (pas d’expérience, pas d’échange consistant sur la vision du travail, pas de recul des candidats sur eux-mêmes, sur leurs envies…). Et, je ne sais pas en quoi l’image du métier (agent d’accueil en office de tourisme) que ces personnes apportèrent avec elles eurent un impact dans leur orientation et finalement en quoi la réalité n’a pas été conforme à cette idée. Le tourisme souffre parfois de poncifs plutôt favorables: un métier agréable avec une relation constante au public, avec priorité à la satisfaction du visiteur. Les poncifs sont parfois vrais mais ils sont toujours incomplets. Peu de personnes imaginent la densité du métier en « back office », l’exigence de rigueur, les enjeux économiques, l’attente des partenaires, celle des élus… Réduire le métier au front office serait comme réduire le métier d’une concession automobile à la livraison d’une voiture neuve. La main dans le cambouis à la sortie du lycée est parfois un choc.

Une certitude cependant: un étudiant qui signe un contrat en alternance est porteur d’une responsabilité collective, celle de rendre crédible pour toutes les parties signataires un dispositif qu’il portera individuellement. De l’échec ou de la réussite de son parcours pourra dépendre le renouvellement de tels partenariats dans les entreprises. Une autre certitude: l’étudiant n’aborde jamais les deux années d’alternance de cette manière. Au contraire, il devient consommateur, satisfait ou insatisfait, qui tourne les talons à la moindre contrariété. Ce qui ne porte pas à conséquence quand il s’agit d’un enseignement classique fait d’autres dégâts en situation d’alternance.

Comme on dit en termes administratifs, « pour valoir ce que de droit »… ce texte est destiné aux futurs candidats à un contrat de professionnalisation qui viendraient à se faire connaître auprès de nous. Bonne chance à eux.

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