Pays touristique, paysage touristique

Où l’on pose la question du rural et du tourisme. Où l’on voit émerger des stratégies de territoire communautaire. Où l’élu local redevient au centre des regards. 

Les pays touristiques de Bretagne existent depuis une trentaine d’années. Invention bretonne, ils couvrent (sauf rares exceptions) tout le territoire de la Région. Le rôle d’un pays touristique est d’animer le développement de l’économie touristique local. Pour exister si longtemps dans une Région si prompte à réfléchir sur elle-même et à remettre en cause ce qui la constitue, il a fallu que le réseau des pays touristiques bretons réponde à un besoin, à un manque, voire à un échec. Ce mouvement de plusieurs décennies vient d’abord du décalage entre la configuration bretonne et les règles juridiques nationales définies dans le code du tourisme.

887441-1092777Le code du tourisme envisage l’existence de trois niveaux institutionnels dans le tourisme: la région, le département et la commune. Chacun de ces niveaux peut créer un établissement qui sera chargé de la mise en oeuvre de sa politique touristique. La commune, par exemple, peut créer un office de tourisme. La région, telle qu’elle est envisagée en France, entretient le clivage entre l’urbain et le rural: d’un côté la ville et les urbains, de l’autre la campagne et les ruraux. La Bretagne sort du profil: en dehors des deux métropoles qui lui sont rattachées administrativement, Rennes et Brest, la ville bretonne est une ville moyenne, dépourvue de banlieue, entourée de petites villes et bourgs qu’elle contribue par capillarité à faire vivre. La distinction entre le rural et l’urbain est floue. Depuis les années 80, les habitants des bourgs ruraux sont souvent des employés des villes à trente minutes de trajet. La pression immobilière sur la côte bretonne a développé ce mouvement: les classes moyennes se repliant dans l’arrière pays pour y vivre sans renoncer à la vie urbaine, pour autant.

Quand les décennies des trente glorieuses ont vu le développement d’un tourisme de masse, principalement concentré sur le littoral, les villes et les stations à vocation touristique se sont organisées autour d’un office de tourisme, dont le modèle économique s’est rapidement figé: les collectivités prennent en charge le financement de la masse salariale et les prestataires touristiques, par leurs adhésions, celui des outils de communication. Le modèle est resté figé dans le sens où la prise en compte d’autres compétences administratives, que celles de l’accueil et de la communication, ne pouvait être envisagée – ni par la collectivité, ni pas l’office de tourisme.

Dans les années 80, les élus ruraux, souvent dépourvus d’office de tourisme, ont souhaité s’organiser pour investir dans l’économie touristique. Avec la complicité (le financement) de l’État et des Collectivités territoriales, ils ont alors appréhendé le tourisme de façon globale, par le développement de l’offre, la qualification des établissements et la communication. Incapables de le faire à l’échelle communale, par manque de moyens, la mutualisation s’est faite sur une échelle nouvelle qui a été dénommée « pays d’accueil ». Dans un premier temps, ces territoires nouveaux n’intégraient pas les villes (on imagine le réseau des offices de tourisme sur ses ergots !); ce qui n’a pas duré. Comment envisager que des établissements qui fonctionnaient majoritairement avec le financement public ignorent les villes, souvent le point d »intérêt touristique majeur.

La clé à la communauté

S’il fallait retenir une contribution du pays touristique, ce serait le fait d’avoir fait travailler ensemble des communes voisines, comme elles auront à le faire plus tard dans les EPCI et d’avoir orienté ce travail vers le prestataire privé (qualification des hébergements, plans de financement, etc.) et auprès

Le Cap Sizun

Le Cap Sizun

d’un panel d’interlocuteurs très large (entreprises, particuliers, associations, collectivités). Sur certains secteurs de Bretagne, les pays touristiques sont devenus de vrais outils d’ingénierie locale, soit par élargissement du champ d’action (ex. de l’AOCD au sud-ouest du Finistère) soit par intégration du tourisme dans une agence économique existante (ex. du Pays des Abers).

S’il fallait retenir une obsession du pays touristique, ce serait la proximité au terrain, le souci d’un développement au plus près du porteur de projet. Pendant deux décennies, l’objectif était de doter la région d’un parc d’hébergements qualifiés. Il a aussi permis à beaucoup de familles bretonnes, qui n’habitaient plus la maison des parents, de garder l’immobilier ancien dans son patrimoine en lui attribuant une nouvelle vocation touristique.

Depuis le début des années 90, la route des pays touristiques se confond avec celle des EPCI qui, de plus en plus, sont appelés à intégrer la totalité du spectre de la compétence tourisme, y compris la fonction accueil et promotion, celle traditionnelle de l’office de tourisme. De nombreux schémas d’organisation sont envisageables mais il est désormais impossible que les deux réseaux s’ignorent.  En parallèle, l’administration communautaire, elle-même, se dote d’un service « tourisme » qui vient compléter le trio. Ce dernier a l’avantage de la légitimité, plus proche de la décision de l’élu, de la compétence administrative et du financement mais moins armé pour aller vers le privé.

Pour plaire aux théoriciens du mille-feuilles touristique, il faut donc désormais compter sur trois approches touristiques locales:

– le service tourisme de la collectivité, qui travaille sur les dossiers communautaires et dont le temps de travail est contrôlé logiquement par un directeur général dans une approche « publique » , souvent à l’exclusion de l’accompagnement de l’acteur privé

– l’office de tourisme sur ses métiers traditionnels de l’accueil et de la communication, qui doit désormais regarder les communes voisines, écouter les élus ruraux tout en maintenant une cohérence de promotion vers la clientèle et en ambitionnant d’obtenir la marque « qualité tourisme »

– le pays touristique qui doit démontrer la réalité de son travail (le développement est une forme de métier invisible, surtout dans le tourisme) et se mettre humblement dans la ligne de mire des élus communautaires, aux côtés des offices de tourisme, pour contribuer à la prochaine étape

Le devenir de tout ce petit monde viendra du fonctionnement interne des communautés de communes et d’agglomération, de leur capacité à envisager une stratégie touristique qui n’oublie aucune des composantes du développement de la filière locale et lui donne les moyens d’être opérationnelle et solidaire, tout en proposant sur son territoire un rapprochement avec, notamment, les acteurs de la culture (ex. de « Voyage à Nantes ») et de l’économie (les commerçants, les entreprises de services, voire industrielles qui peuvent apporter leur rayonnement vers d’autres horizons). Et pour les structures institutionnelles que sont nos offices, pays touristiques et service tourisme, la question est de savoir comment contribuer aux prochaines évolutions de l’organisation locale, d’en être acteur, voire le premier promoteur.

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