En vacances, je me suis transporté

Les mêmes collectivités qui exercent la compétence tourisme assument en parallèle la compétence « transport ». Après quelques années d’une répartition des rôles bien comprise, dans laquelle l’office de tourisme informe et le transporteur transporte, il est désormais temps de travailler sur un projet croisé.

Nous avons tous fait cette expérience de descendre dans les tunnels de métro, gare Montparnasse ou ailleurs, pour chercher une improbable station de métro supposée la plus proche de notre lieu de réunion. Nous avons tous fait cette expérience de descendre dans les tunnels d’un métro, à Londres ou ailleurs, parcourant le plan du réseau à chercher vaguement le quartier touristique, Chelsea, Soho, Oxford street… Le même geste, deux attentes différentes.

bbdfedb7a619c6d5_9iNXz892LxsbEI2Dans les deux cas, la prestation apporte la même garantie d’accéder à ma destination en payant un tarif modique connu. Dans les deux cas, en situation dans une grande ville métropolitaine, le métro ou le tram, notamment, sont un recours spontané, simple et efficace.

Dans nos destinations à forte connotation rurale ou centrées sur des petites ou moyennes villes, les réseaux de transport collectif ont fait un progrès immense. Le transfert de la compétence « transport » au niveau communautaire et la capacité grandissante des EPCI à communiquer entre eux permettent de densifier le réseau urbain, le réseau intercommunal et de faire grandir les lignes inter-urbaines, ferroviaires (TER) ou par la route. Mais tout ceci se construit patiemment dans une logique « client » bien comprise: objectif « domicile – travail ». La règle est le maillage réaliste qui arrose une zone urbaine et se déploie de façon minimaliste et malgré tout réel vers les périphéries des villes, vers les communes rurales, dans un territoire délimité administrativement. Le client est un usager. Le réseau lui est dédié et la notion de service public est mise en avant: offrons une solution au maximum de personnes, au maximum de communes, tout en visant une efficacité immédiate et une rentabilité (un équilibre) à moyen terme sur certaines lignes. La collectivité assure aux habitants une forme de solidarité dans le déplacement interieur au territoire, parfois régulière, parfois « à la demande ». Mais je ne suis pas un spécialiste.

Qui n’a pas relu trois fois les horaires des trains pour être certain d’identifier le bon créneau, le bon trajet ? Si j’habite là et que le transport fait partie de mon quotidien, j’accepte aisément que mon transporteur me parle comme à un expert comptable, aligne les petits chiffres, pour me repérer dans les horaires. J’assimile l’information et elle devient un cadre que je respecterai.

Si je suis un touriste, en situation de préparation de séjour, j’ai la demande similaire d’être rassuré d’accéder à la prestation une fois sur place. Je veux être certain:

– de la permanence du service, en quoi il sera une contrainte pendant mon séjour (fin du service en soirée par exemple) ou une opportunité divsersifiée

– de la destination, c’est à dire de la distance entre le point le plus proche du réseau et ma destination (mon hébergement par exemple)

– de bien anticiper les coûts engendrés sur place

br85_2078196_1_px_470_Il faudrait aujourd’hui, hors environnement urbain, disposer d’une tournure d’esprit aventureuse que de vouloir préparer un séjour sur la base du transport collectif quand on se rend dans une destination rurale. Surtout si elle est riche en patrimoine comme c’est le cas généralement en Bretagne. La cloison qui sépare le service transport du service tourisme, elle est comme la Muraille de Chine: elle se voit, se ressent de très très loin… Comment je fais de la gare à mon hébergement ? Comment je fais pour me rendre de mon hébergement à la plage, à l’écomusée, à l’enclos paroissial, au point VTT… ?

Le paradoxe de disposer d’une offre de plus en plus professionnelle et « prête à l’emploi » rendue illisible pour nos visiteurs d’un jour ne devrait plus exister si nous faisions ce travail de prendre par la main nos clients et que les offices de tourisme deviennent des « apporteurs d’affaire » pour les réseaux de transport. Comment s’y prendre ?

– La première idée est de croiser les points d’intérêt touristique et l’offre de transport existante, de grossir le trait sur les axes les plus porteurs pour les visiteurs, non pas en vantant les mérites de la ligne 3 mais en démontrant l’accessibilité de la plage ou du complexe aquatique par le transport en commun. La destination prime le moyen de s’y rendre. C’est notre métier.

– La seconde idée est de fendre la cloison et d’infuser l’idée qu’un traitement particulier doit marquer les points d’intérêt touristique sur le réseau de transport. On peut parler de la dénomination sur la ligne: dommage d’appeler l’arrêt « rue Ernest Renan » s’il se trouve à 20 mètres de la plage des Sables Blancs. On peut parler d’un marquage physique particulier sur l’arrêt qui dira aux clients réguliers que ce lieu est touristique et rassurera le visiteur occasionnel en indiquant qu’il est régulièrement desservi. On peut aussi parler de signes forts pour exprimer la perméabilité entre le tourisme et la prestation de transport, comme le dessin des vagues sur les bus qui devient le bus des plages, l’intégration de widgets « animations touristiques » sur les sites internet des transporteurs et de widgets « horaires des bus » sur les sites web touristiques.

– La troisième est ce travail à réaliser auprès des « prescripteurs non utilisateurs » que sont nos prestataires qui connaissent mal l’offre pour ne pas l’utiliser régulièrement.

 

 

 

Trip advisor: ce qu’un prestataire touristique doit savoir

Trip advisor est le site d’avis client le plus puissant du monde et entièrement consacré aux séjours touristiques: il est consultable par tous en période de préparation de vacances. Je propose de détailler pour vous les raisons pour lesquelles les prestataires touristiques doivent s’y intéresser et de passer en revue quelques applications gratuites faciles à mettre en oeuvre.

TripAdvisor

Pourquoi y aller ?

Première raison, un principe simple selon lequel, le client d’une prestation, le visiteur d’un point d’intérêt touristique a toujours plus de crédibilité et de légitimité à s’exprimer qu’un établissement (public ou privé) qui attend de sa communication une retombée commerciale. En 2013, Trip advisor annonce 60 millions de visiteurs uniques chaque mois. Les avis y sont majoritairement bienveillants et les avis négatifs attestent de la liberté d’expression des clients (et crédibilise le dispositif).

En quelques mots:

– Trip advisor rend visible votre prestation

– C’est gratuit

– C’est facile et rapide à mettre en oeuvre

– La réponse du prestataire est possible (et souhaitée)

Comment se repérer ?

Carantec

Pour analyser ce que contient Trip advisor sur votre prestation, vous pouvez:

– la chercher dans le moteur de recherche de Trip Advisor

– vous rendre sur la page « propriétaires », entrer dans une catégorie, suivre les instructions et vous inscrire

Bien souvent, vous constaterez que votre établissement est déjà présent, qu’il dispose d’une fiche parfois commentée plusieurs fois. Deux raisons à cela: votre établissement est automatiquement généré parce qu’intégré à une base de données ou un visiteur a peut-être demandé à Trip Advisor de créer la fiche dédiée.

Si votre prestation n’est pas dans Trip Advisor, vous pouvez créer une nouvelle fiche (lien valable uniquement pour une attraction), en donnant des détails sur votre offre.

Vous êtes inscrit: deux règles

Vous êtes désormais inscrit comme référent officiel de la prestation, qui peut être un hébergement, un restaurant, une attraction (au sens large, ce peut être un point d’intérêt touristique, comme un site patrimonial de notoriété).

Vous devez alors optimiser le contenu qui vous concerne:

– proposer un descriptif clair et simple

– intégrer des médias professionnels, des photos et, éventuellement, si vous en disposez, des vidéos

Vos clients sont timides, encouragez les !

Selon le principe que vous êtes professionnel, que votre offre satisfait presque toujours votre clientèle, vous n’avez aucune crainte à avoir de mauvaises retombées sur Trip Advisor. Il vous reste donc à encourager vos clients à poster des commentaires.

Rappelez-vous d’abord le cycle de communication sur Trip Advisor:

TripAdvisoretvous

Cet échange en ligne ne peut exister si la première étape, le commentaire du client, n’existe pas. Alors, encouragez le en lui adressant un mail quelques temps après la visite (si vous disposez de cette donnée) ou en lui remettant une petite carte au moment du départ (Trip Advisor peut fournir des cartes au nom de votre établissement mais vous pouvez aussi créer votre propre carte et y associer d’autres sites d’avis). Sur le document remis au client, vous pouvez aussi intégrer le QR Code correspondant à la fiche Trip Advisor qui permettra à votre client de se connecter immédiatement, et, de faire le commentaire « à chaud ».

Surveillez les contenus vous concernant

Pour être informé systématiquement des nouveaux contenus sur vous, créez une notification par e-mail et Trip Advisor vous alertera dès qu’un nouveau commentaire est en ligne.

Soyez professionnel, répondez aux commentaires

Le minimum « syndical » sur Trip Advisor est de répondre à tous les commentaires négatifs. L’idéal est de répondre à tous les commentaires, y compris aux positifs pour maintenir plus longtemps le lien avec votre client, qui appréciera votre geste et sera un meilleur prescripteur de votre établissement.

Attention à bien peser les mots au moment de la rédaction. Vous ne pourrez y revenir plus tard: une seule réponse est possible par commentaire.

Il existe un code de bonne conduite sur Trip Advisor alors prenez soin de vous y conformer: restez correct et informatif. N’oubliez pas que vous répondez, non pas à un seul client, mais à tous les clients potentiels de votre établissement.

Il existe plusieurs techniques pour répondre à des avis négatifs et, même s’il est parfois difficile de ne pas remettre en cause la parole de l’autre, n’oubliez pas qu’une situation vécue par plusieurs personnes peut être vue de manière différente par chacun. Il vous faut donc assumer que l’avis du client soit celui-là et gardez une attitude professionnelle qui ne pourra à aucun moment vous être reprochée.

Tripadvisor-Excellence-Badge_2012_fr

Quelques astuces:

– s’il s’agit d’un problème technique, attendez d’avoir remédié au problème pour répondre et indiquez le

– il peut y avoir un décalage entre l’attente du client et votre prestation, n’hésitez pas à en faire mention et à détailler votre manière de travailler. Ces indications sont aussi un bon moyen de vous situer, notamment d’identifier votre place dans la gamme existante (plutôt haut de gamme ou plutôt économique, par exemple)

– n’hésitez pas à rappeler votre qualification et le nombre de critères objectifs à respecter et insistez, si c’est le cas, sur la date récente du classement ou de l’obtention du label

– admettez éventuellement une erreur et garantissez à votre client une rectification des méthodes en interne

– etc.

Comment évaluer son contenu et sa « Trip Advisor réputation » ?

Quatre indicateurs très simples permettent de vous situer sur Trip advisor:

1. Le nombre de commentaires

2. Le rapport positif / négatif des commentaires

3. Le classement Trip Advisor de votre établissement

4. Votre performance par rapport à la concurrence que vous pouvez analyser depuis votre compte Trip Advisor

Pour améliorer votre réputation interne sur le site Trip advisor, il vous faut d’excellentes notes, être actif auprès de vos clients et intégrer sur votre site internet un widget Trip Advisor (que vous pouvez configurer selon plusieurs options). Il vous sera alors possible d’obtenir le certificat d’excellence et, rêvons un peu, le prix « Traveller’s Choice« .

Bonne chance pour la suite !

Pour retrouver toutes les vidéos en français dédiées aux professionnels, cliquez sur l’image…

TRipAd

Voir aussi: « Dix conseils pour bien débuter votre Twitter touristique ».

Pays touristique, paysage touristique

Où l’on pose la question du rural et du tourisme. Où l’on voit émerger des stratégies de territoire communautaire. Où l’élu local redevient au centre des regards. 

Les pays touristiques de Bretagne existent depuis une trentaine d’années. Invention bretonne, ils couvrent (sauf rares exceptions) tout le territoire de la Région. Le rôle d’un pays touristique est d’animer le développement de l’économie touristique local. Pour exister si longtemps dans une Région si prompte à réfléchir sur elle-même et à remettre en cause ce qui la constitue, il a fallu que le réseau des pays touristiques bretons réponde à un besoin, à un manque, voire à un échec. Ce mouvement de plusieurs décennies vient d’abord du décalage entre la configuration bretonne et les règles juridiques nationales définies dans le code du tourisme.

887441-1092777Le code du tourisme envisage l’existence de trois niveaux institutionnels dans le tourisme: la région, le département et la commune. Chacun de ces niveaux peut créer un établissement qui sera chargé de la mise en oeuvre de sa politique touristique. La commune, par exemple, peut créer un office de tourisme. La région, telle qu’elle est envisagée en France, entretient le clivage entre l’urbain et le rural: d’un côté la ville et les urbains, de l’autre la campagne et les ruraux. La Bretagne sort du profil: en dehors des deux métropoles qui lui sont rattachées administrativement, Rennes et Brest, la ville bretonne est une ville moyenne, dépourvue de banlieue, entourée de petites villes et bourgs qu’elle contribue par capillarité à faire vivre. La distinction entre le rural et l’urbain est floue. Depuis les années 80, les habitants des bourgs ruraux sont souvent des employés des villes à trente minutes de trajet. La pression immobilière sur la côte bretonne a développé ce mouvement: les classes moyennes se repliant dans l’arrière pays pour y vivre sans renoncer à la vie urbaine, pour autant.

Quand les décennies des trente glorieuses ont vu le développement d’un tourisme de masse, principalement concentré sur le littoral, les villes et les stations à vocation touristique se sont organisées autour d’un office de tourisme, dont le modèle économique s’est rapidement figé: les collectivités prennent en charge le financement de la masse salariale et les prestataires touristiques, par leurs adhésions, celui des outils de communication. Le modèle est resté figé dans le sens où la prise en compte d’autres compétences administratives, que celles de l’accueil et de la communication, ne pouvait être envisagée – ni par la collectivité, ni pas l’office de tourisme.

Dans les années 80, les élus ruraux, souvent dépourvus d’office de tourisme, ont souhaité s’organiser pour investir dans l’économie touristique. Avec la complicité (le financement) de l’État et des Collectivités territoriales, ils ont alors appréhendé le tourisme de façon globale, par le développement de l’offre, la qualification des établissements et la communication. Incapables de le faire à l’échelle communale, par manque de moyens, la mutualisation s’est faite sur une échelle nouvelle qui a été dénommée « pays d’accueil ». Dans un premier temps, ces territoires nouveaux n’intégraient pas les villes (on imagine le réseau des offices de tourisme sur ses ergots !); ce qui n’a pas duré. Comment envisager que des établissements qui fonctionnaient majoritairement avec le financement public ignorent les villes, souvent le point d »intérêt touristique majeur.

La clé à la communauté

S’il fallait retenir une contribution du pays touristique, ce serait le fait d’avoir fait travailler ensemble des communes voisines, comme elles auront à le faire plus tard dans les EPCI et d’avoir orienté ce travail vers le prestataire privé (qualification des hébergements, plans de financement, etc.) et auprès

Le Cap Sizun

Le Cap Sizun

d’un panel d’interlocuteurs très large (entreprises, particuliers, associations, collectivités). Sur certains secteurs de Bretagne, les pays touristiques sont devenus de vrais outils d’ingénierie locale, soit par élargissement du champ d’action (ex. de l’AOCD au sud-ouest du Finistère) soit par intégration du tourisme dans une agence économique existante (ex. du Pays des Abers).

S’il fallait retenir une obsession du pays touristique, ce serait la proximité au terrain, le souci d’un développement au plus près du porteur de projet. Pendant deux décennies, l’objectif était de doter la région d’un parc d’hébergements qualifiés. Il a aussi permis à beaucoup de familles bretonnes, qui n’habitaient plus la maison des parents, de garder l’immobilier ancien dans son patrimoine en lui attribuant une nouvelle vocation touristique.

Depuis le début des années 90, la route des pays touristiques se confond avec celle des EPCI qui, de plus en plus, sont appelés à intégrer la totalité du spectre de la compétence tourisme, y compris la fonction accueil et promotion, celle traditionnelle de l’office de tourisme. De nombreux schémas d’organisation sont envisageables mais il est désormais impossible que les deux réseaux s’ignorent.  En parallèle, l’administration communautaire, elle-même, se dote d’un service « tourisme » qui vient compléter le trio. Ce dernier a l’avantage de la légitimité, plus proche de la décision de l’élu, de la compétence administrative et du financement mais moins armé pour aller vers le privé.

Pour plaire aux théoriciens du mille-feuilles touristique, il faut donc désormais compter sur trois approches touristiques locales:

– le service tourisme de la collectivité, qui travaille sur les dossiers communautaires et dont le temps de travail est contrôlé logiquement par un directeur général dans une approche « publique » , souvent à l’exclusion de l’accompagnement de l’acteur privé

– l’office de tourisme sur ses métiers traditionnels de l’accueil et de la communication, qui doit désormais regarder les communes voisines, écouter les élus ruraux tout en maintenant une cohérence de promotion vers la clientèle et en ambitionnant d’obtenir la marque « qualité tourisme »

– le pays touristique qui doit démontrer la réalité de son travail (le développement est une forme de métier invisible, surtout dans le tourisme) et se mettre humblement dans la ligne de mire des élus communautaires, aux côtés des offices de tourisme, pour contribuer à la prochaine étape

Le devenir de tout ce petit monde viendra du fonctionnement interne des communautés de communes et d’agglomération, de leur capacité à envisager une stratégie touristique qui n’oublie aucune des composantes du développement de la filière locale et lui donne les moyens d’être opérationnelle et solidaire, tout en proposant sur son territoire un rapprochement avec, notamment, les acteurs de la culture (ex. de « Voyage à Nantes ») et de l’économie (les commerçants, les entreprises de services, voire industrielles qui peuvent apporter leur rayonnement vers d’autres horizons). Et pour les structures institutionnelles que sont nos offices, pays touristiques et service tourisme, la question est de savoir comment contribuer aux prochaines évolutions de l’organisation locale, d’en être acteur, voire le premier promoteur.

Internet de séjour: toc toc toc ?

Il y a des concepts qu’on aimerait avoir devant soi, approcher, toucher de la main et finalement pouvoir juger de la solidité. L’internet de séjour fait partie de ceux là.  Il est indéniable que la pratique d’internet en vacances doit être intégrée dans notre stratégie en ligne. Mais en quoi la pratique locale d’internet sera-t-elle à ce point prégnante qu’elle requerra une stratégie opérationnelle à elle seule ? Depuis 2011, nous développons cette idée. Les deux prochaines années nous diront s’il s’agit d’un axe fort de communication ou de l’empilement de quelques outils classiques.

Un jour, une intuition nous est venue, partagée par plusieurs personnes au même moment: le site internet de notre office de tourisme, vaisseau amiral de notre communication en ligne, est-il adapté à la pratique internet de nos vacanciers. En quoi, une fois arrivé dans sa destination, un touriste est-il toujours attiré par un contenu qui lui en vante les mérites, à grand frais de vidéos, de photographies flatteuses ? Ne faudrait-il pas lui offrir un nouvel outil, plus direct et opérationnel, qui va à l’essentiel, et soit compatible avec une recherche en mobilité ?

sortiramorlaix.com

sortiramorlaix.com

Première question: quelle destination sommes-nous ? Nous sommes d’abord une destination de Bretagne. Nous sommes une destination du Finistère. Notre offre se distingue des autres destinations par le trait de côte de notre littoral, la Baie de Morlaix, par un arrière pays sauvage et mystérieux, les Monts d’Arrée et par la popularité d’un concept de patrimoine qui nous oblige à travailler en réseau, les enclos paroissiaux. Mais les points d’intérêt locaux nous apportent parfois autant ou plus en notoriété: Carantec, Locquirec, Primel-Trégastel, le Cairn de Barnenez, le Château du Taureau, la Maison à Pondalez et les venelles de Morlaix, la Crypte de Lanmeur, le Festival Panorama, le semi marathon de Saint-Pol Morlaix, etc. Le séjour que je rêve pour nos visiteurs, circonscrit dans nos murs n’existe pas, même si je dois l’encourager à profiter pleinement de la variété de notre offre locale et le convaincre que la Bretagne vaut plusieurs séjours. On minimise souvent qu’avant un séjour un visiteur n’a pas idée de la diversité de l’offre qu’il peut trouver sur place et planifie ses excursions en alternant balades locales et visites au long cours: Quimper, la Côte de Granit Rose, Océanopolis, la Pointe du Raz, le Golfe du Morbihan, etc.

Mon opinion est qu’un touriste en Bretagne cherche les deux: s’approcher au plus près de la vie touristique locale (les anglais au marché de Morlaix le samedi matin, visite des caves de cidre de Guimaëc et de Plouegat-Guerrand, balade en kayak entre les îlots de la Baie de Morlaix…) et embrasser la destination Bretagne ou Finistère dans son entier. Il pourra alors dire « cette année, j’ai fait la Bretagne ». N’en déplaise à nos champions du marketing, un séjour touristique est souvent fait d’alternance par la négociation entre de multiples pratiques (segments de marché). Ce qui rend la segmentation de notre offre opérationnelle, non parce qu’elle s’adresse à des cibles différentes, mais parce qu’elle donne une  profondeur à notre offre qui peut séduire différentes personnes dans un même groupe familial.

S’il fallait retenir les grands enjeux de l’internet de séjour:

– démontrer comment notre offre locale est diverse et peut être le jeu de plusieurs envies

– valoriser la proximité et les partenaires de l’office de tourisme (enjeu économique non négligeable)

– susciter une décision immédiate de consommation (de visite) en fonction du moment, du lieu, de la personnalité de celui qui consulte internet

– parler à tous, aux touristes et à la population locale (aux visiteurs et aux prescripteurs)

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Le retour du VRP

VRP et PLV

Le socle de notre internet de séjour a été de créer un site internet spécifique, décliné en site mobile (sortiramorlaix.com) et distinct du site internet classique (désormais dit « de destination »). Son objectif est d’abord de donner des repères en situation de mobilité mais aussi de provoquer des envies (le rêve ultime étant de s’insinuer dans la négociation des groupes de visiteurs, des familles), donc de susciter des impulsions. Ce site internet est épuré de tout contenu de promotion pour aller directement à l’essentiel: que faire là maintenant ? Il est aussi une photographie de l’offre locale, de l’événementiel, des loisirs disponibles et des commerces. Chaque partenaire de l’office de tourisme devient un objectif potentiel et l’itinéraire pour s’y rendre est accessible.

L’ironie de cette approche, déconnectée du site « amiral », est qu’elle requiert une communication à l’ancienne: de la publicité physique sur le lieu de séjour (office de tourisme, partenaires, mobilier urbain) mais aussi des démonstrations auprès des prescripteurs (hébergeurs principalement). Son ergonomie doit être adaptable à tous types de supports, y compris tactiles (le responsive n’était pas disponible au moment du lancement). Les contenus doivent être éditorialisés ou segmentés; ce qui demande un effort certain parce qu’il contredit le fonctionnement rigide d’une base de données catalogue. Et enfin, il est une première approche opérationnelle de l’accueil numérique, la grande révolution de l’office de tourisme en train de se faire.

Wi-fi gratuit

Le second aspect de l’internet de séjour est l’accès au wi-fi gratuit. Depuis juillet 2011, nos quatre offices de tourisme (Morlaix, Plougasnou, Locquirec et Carantec) disposent de cette offre de connexion gratuite, fondamentale pour les visiteurs (surtout pour les étrangers) et qui présente le double avantage de positionner l’office de tourisme comme un aiguillon local dans les TIC et de développer la fréquentation du site internet de séjour. Depuis juillet 2012, avec la mise en place de l’offre « Touristobox », c’est l’ensemble des partenaires de l’office de tourisme qui peut avoir accès à la prestation contre un abonnement modique. on_airLa réflexion portée par les sociétés Touristic (Pierre Éloy) et 2iSR permet désormais d’offrir sur un territoire cohérent un service de connexion en ligne mutualisé, et, de renforcer autour de l’accueil numérique la solidarité locale. C’est aussi une alternative pour consolider le modèle économique de l’office de tourisme. Mais les professionnels ne nous ont pas attendu pour proposer le wi-fi gratuit et il faudra un certain temps pour déployer localement la prestation. Et encore une fois, c’est par la démonstration directe auprès des hébergeurs que la communication doit se faire.

Entre 2013 et 2014, nous saurons si potentiellement il sera envisageable de mettre en oeuvre un véritable maillage public – privé de wi-fi gratuit sur un même territoire, qui favorisera l’utilisation des outils d’interprétation du patrimoine, mettra en cohérence les points d’intérêt touristique et l’accès à internet et permettra de contourner les zones blanches du réseaux 3G. Le rapprochement avec les mairies comme points alternatifs d’accès au wi-fi sera indispensable, surtout si la commune est dépourvue d’accueil touristique.

« Je veux mon appli ! »

Tout commence en Finistère

Tout commence en Finistère

Le dernier aspect de l’internet de séjour est l’application mobile. Selon le principe que chaque office de tourisme dispose de la compétence « promotion » (compétence au sens administratif), il est fréquent de voir la plus petite des destinations se doter d’une application spécifique et placarder un élégant « QR Code » sur tous les murs pour encourager au téléchargement. La tentation est forte et couteuse. Le ticket d’entrée de 15 à 20 000 € n’est pas anodin et le geste demandé au visiteur un obstacle de taille. Si j’affirme, en début de cet article, que mon territoire est une destination de Bretagne et du Finistère, je dois m’interroger sur l’efficacité de disposer d’une application mobile locale. Pourquoi encombrer les smartphones de mes visiteurs avec une application dont je ne peux anticiper le nombre de connexions et contenant une vision partielle de leur séjour, quand je peux m’appuyer sur une application « Finistère », qui m’apportera une visibilité sur tout le département ? L’avantage est l’économie de la dépense mais l’inconvénient est que je n’ai pas la main sur l’ergonomie. C’est malgré tout le choix que nous avons fait dans un premier temps, de s’appuyer sur le travail de Finistère Tourisme plutôt que de nous convaincre du scénario que nous devrions êtes autosuffisants sur ce point. À quand une application mobile sous la marque Bretagne ?

Le concept de l’internet de séjour n’a pas fait ses preuves. Nous en sommes, en 2011 et 2012, à la version « zéro », qui dévoile un potentiel de communication énorme, mais qu’il faut savoir consolider par une présence physique dans le paysage local et par une conviction de tous les prescripteurs qui prendra du temps à se mettre en route. Nous allons donc poursuivre nos efforts. Bilan dans les trois prochaines années.