Office de tourisme ou bureau d’information touristique

Dans le tourisme, nous avons une doctrine bien comprise que l’on nous répète à longueur d’année: l’important est la demande du public, ce que le client attend, ce que le touriste exige. L’important n’est pas dans nos débats de techniciens, nos conflits internes ou la recettes pour confectionner le mille-feuilles institutionnel de la filière. N’agissons pas en fonction de notre structure (miracle par lequel un territoire devient destination), mais agissons en fonction de ce que demande le public.

iPad SudokuEn étalant ce postulat, on en vient à dire que ce qui importe dans la communication touristique est moins l’outil que l’on met sous le nez de notre visiteur que ce qu’il en fait. S’il fait des sudoku avec les iPads qu’on lui tend dans les offices de tourisme, c’est qu’il sait détourner nos grandes idées de communication en séjour à d’autres fins, plus ludiques, moins dociles. Et, selon le principe que le client a toujours raison et que de surcroît il est très indiscipliné dès qu’il s’agit d’adopter un comportement prévisible, les techniciens que nous sommes doivent revoir leur copie et, sans toutefois admettre une erreur d’appréciation, corriger le tir.

Nous appelons ceci une action corrective. Pas facile quand la cible est mouvante.

Mais, quand il s’agit de nommer les choses, nous savourons les détours sémantiques comme s’il s’agissait de perdre le client. Un office de tourisme communal est « un office de tourisme ». OK. Un office de tourisme qui devient communautaire est « un bureau d’information touristique ». Mais nous pouvons conserver l’enseigne « office de tourisme ».

Une petite explication.

Quand plusieurs offices de tourisme se regroupent pour former un seul et même établissement, c’est ce dernier qui va obtenir le classement « office de tourisme ». L’air de rien, l’office de tourisme n’est plus un lieu avec des murs, une entrée et des personnes pour vous accueillir. C’est désormais une institution virtuelle qui va gérer plusieurs lieux de ce type. Nous passons donc d’un office de tourisme qui existe physiquement à un office de tourisme reconnu pour sa méthode (démarche qualité, par exemple) et non plus par son implantation local (de fait, il en a plusieurs).

Plus d’office de tourisme

L’évolution étant à la multiplication des établissements communautaires, il fallait choisir. Soit le terme « office de tourisme » désignait le lieu de l’accueil touristique, soit il désignait l’ensemble. La deuxième option a été choisie avec comme conséquence l’injonction par la réglementation de dénommer l’office de tourisme local « bureau d’information touristique ».

Et voilà que la doctrine selon laquelle c’est la demande, le client, le touriste, qui doit être notre première référence, s’est évaporée ! Qui a déjà entendu un touriste demander à un passant « vous savez où se trouve le bureau d’information touristique » ?

Le dispositif est ironiquement contre-productif. Quand vous travaillez sur un regroupement, vous vantez la mise en commun du travail, la qualification du personnel, une entente bénéfique aux partenaires locaux, voire même une stratégie de développement. Dans un conseil municipal, il y aura toujours un fin juriste pour opposer à votre proposition le principe réglementaire selon lequel « la commune n’aura désormais plus d’office de tourisme, mais un bureau d’information touristique ! » Qu’est-ce que ça veut dire ça, bureau d’information touristique ? Quelqu’un sait ce qu’est un bureau d’information touristique ? Conclusion: « la commune n’aura plus d’office de tourisme ».

Peu importe que le dispositif communautaire va permettre d’élargir les horaires, d’investir dans des locaux plus modernes, d’être plus souple dans l’organisation du personnel et surtout de rendre accessible une catégorie de classement qui ne l’aurait pas été sans cette logique. « La commune n’aura plus d’office de tourisme ».

Tati et son "technicien de surface"

Tati et son « technicien de surface »

Donc, je résume. La terminologie réglementaire impose une dénomination nouvelle que l’on contourne systématiquement, sauf dans les dossiers officiels ou les interventions devant des personnes « autorisées », pour rester intelligible aux oreilles du public (visiteurs, élus, population).

Pour information, la Maison du tourisme Baie de Morlaix Monts d’Arrée est un office de tourisme communautaire, qui gère quatre bureaux d’information touristique ouverts à l’année (version réglementairement acceptable). À savoir l’office de tourisme de Carantec, l’office de tourisme de Morlaix, l’office de tourisme de Locquirec, l’office de tourisme de Plougasnou (version constatée).

Cette tournure d’esprit avec laquelle nous devons jongler en permanence évoque pour moi le film de Jacques Tati, « Mon Oncle », dans lequel se confrontait deux mondes, celui moderne et technologique du chef d’entreprise, avec celui, rustique et traditionnel, du cantonnier. Celui-là même qui allait devenir « technicien de surface » dans l’autre monde.

3 réflexions sur “Office de tourisme ou bureau d’information touristique

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